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James Brown et Lyn Collins

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MaMain dans celle de J. BrownJames Brown, à Toulouse en 1974. Le Pape de la Soul Music arrive auréolé de gloire et de légendes. Inabordable. Inaccessible. Monstre sacré… Sud-Radio avec qui je collabore comme chef de publicité de Renault, n’a pas de journaliste musicologue, ni anglophone. Je suis volontaire mais il est peu probable que cette station obtienne une interview de Monsieur Soul. Huit mille personnes sous chapiteau : Toulouse n’a jamais vu ça. Du premier rang, armé de mon Nikon, je mitraille autant que je peux. (Musique et Photos de jpjl dans Lire la suite).


ECOUTEZ :

Le preneur de son qui m’accompagne, Philippe, magnéto Nagra en bandoulière, prend quelques séquences « live » que l’on montra avec l’interview… si interview il y a. Dès la fin du spectacle nous nous précipitons, micro en avant, vers la caravane qui tient lieu de loge. Le service d’ordre est impressionnant. Le bruit courre que « M. Brown est trop fatigué » pour accorder une interview. « Je me débrouillerai avec « le live » se console Philippe… Dommage ! J’aurai tant aimé interviewer l’inapprochable… Soudain, une grosse Mama noire entrouvre la porte de la caravane, dévisage la foule de candidats et me fait signe d’avancer. « Il n’y en aura pas d’autres, lance-t-elle. C’est fini ! ». Je tire Philippe par la manche. Nous voilà tous deux dans la caravane du plus célèbre chanteur de Soul de tous les temps. Lyn Collins, magnifique chanteuse nord-américaine, célébrissime, qui vient de faire la première partie est là aussi, tandis que la grosse Mama finit de recoiffer son « bébé » et lui enlève la serviette éponge qu’il a encore autour du cou.

— Peut-on commencer par les photos demandais-je comme si je suivais mon programme ? – Bien sûr ! me fait James en serrant Lyn Collins contre sa joue. Puis il me prend par l’épaule en cherchant qui va bien pouvoir prendre cette photo ? Je fais signe à Philippe qui n’est manifestement pas le plus indiqué mais James, très décontracté, rit de tout. J’attaque alors l’interview. Je me lance sur les caprices qu’il impose aux médias, sur ses 70 paires de chaussures, ses 15 restaurants, son engagement politique auprès du Black Power… Il répond à tout, longuement, il a manifestement envie de parler. Je m’étonne que les médias parisiens lui fassent si mauvaise presse. Il est drôle, sympathique et pas pressé d’en finir…

Philippe me lance des regards inquiets et des signes que je ne suis pas sûr de comprendre. Il veut probablement me dire que la bande est bientôt terminée et qu’il est temps de conclure. Je prends donc congé de M. Dynamite, non sans l’avoir remercié de m’avoir offert ce trésor : cinquante-cinq minutes d’entretien complètement libre. Il me serre par le cou en m’affirmant que je suis son frère. J’embrasse la belle Lyn et salut respectueusement la Mama qui m’ouvre alors ses gros bras !…

« Si je le pouvais, je te suivrais au bout du monde » dis-je à James en tapant ma main dans la sienne.

Dans la voiture, je trouve Philippe bien silencieux.

– Fais-moi écouter un bout, demandais-je.

- Il n’y a plus de batterie, me répond-il.

-Eh bien, dis donc, heureusement qu’on a été jusqu’au bout.

- Y-a plus de batteries depuis le début, me dit-il? d’un ton tellement grave qu’il m’apparait dangereux de lui demander si c’est vrai.

- Quant aux photos, il n’ose pas me dire qu’il n’a jamais touché un appareil comme celui-ci et qu’il en ignore tout.

- J’ai du mal à me contrôler mais je réussis à le déposer, « vivant », devant sa porte. Le lendemain, je dis à tout le monde d’un air détaché que personne n’a eu d’interview.

- Cela ne m’étonne pas, observe Poinssot, le chef comptable: Ce mec, il a la grosse tête. Partout où il passe, c’est pareil…

J’ai revu James Brown, à Bruxelles, vingt années plus tard. C'est le moment fatidique, le passage obligé de tous ses concerts où apparemment épuisé il s'écroule à genoux en chantant "Please, Please, Please"... Un assistant pose alors sur ses épaules une cape argentée, l'aide à se relever et entreprend de le conduire vers les coulisses en le soutenant. Après quelques pas, Brown se redresse soudain, se débarrasse de la cape et revient à l'avant-scène pour satisfaire les appels de la foule en délire. Au delà des barrières, le service d’ordre, impressionnant et irritable, interdit toute approche. J’allais m’avouer vaincu lorsque j’eu l’idée folle de hurler: “Lyn Collins” ! Brown se retourne et me dévisage quelques secondes avant de faire signe à ses gardes de me laisser passer.

- Qui es-tu me dit-il ? Pourquoi appelles-tu Lyn Collins ? Tu la connais ? Lyn ne fait pas ce tour…

Je lui parle de Toulouse qui ne l’a pas marqué vraiment mais il se souvient de la tournée avec Lyn. Il regarde Ruth qui m’accompagne et se met à rire : “Toi aussi tu as changé de femme hein ? Je parie qu’il y a vingt ans, ce n’était pas la même… "Salut Frère" ! me lance-t-il, puis il s’engouffre dans une énorme limousine portant fanion européen et entourée de motards…

James Brown a quitté la scène le jour de Noël 2006. Lyn Collins est partie en 2005. Elle reste l’une des plus grandes voix du Funk et Rythm and Blues des années 70. Une référence du répertoire nord-américain (Think about it. Check me out). Faisant toujours preuve d’énergie et de charisme elle méritait bien le surnom que lui avait donné James Brown : “The Female Preacher”. (Jpj) contact@jeanpierrejeannin.fr

James Brown par Jeanpierre jeanninJames Brown 8 n&bJames Brown by JpjJames Brown (4)James Brown (5)LynCollins (1)Lill Collins3LynCollins (2)JBrown face n&bMaMain dans celle de J. BrownJames Brown2James Brown (3)JamesBrown-2images ss

Toutes les photos illustrant cet article sont de Jeanpierre Jeannin. Aucune reproduction ne peut être effectuée sans autorisation écrite de l’Auteur.

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Mise à jour le Dimanche, 05 Février 2012 16:48  

Commentaires  

 
0 #1 Bachir Kelum 25-11-2011 10:38
Génial ! Bel humour et bravo pour l'ambiance et les photos.
Kelum Bachir
 

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