photos magazine de jeanpierre jeannin latour

l'émoi des mots, l'échoppe des photos

  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
French Arabic Chinese (Simplified) Dutch English German Hindi Italian Japanese Portuguese Russian Spanish Swedish

Comme un agneau au milieu des loups

Envoyer Imprimer

Aux détracteurs de notre vieux curé, j’ai souvent répondu que nous avions la chance d’avoir encore un prêtre à Mirebeau. « On ne comprend rien à ses sermons. C’est n’importe quoi et pire encore lors des enterrements. Déjà qu’il n’y a plus grand monde à l’église, il fait fuir le peu qui reste »… Oui mais, quatre vingt six ans ! Comment sera-t-on à son âge, si nous sommes encore là ?

Depuis, le vieux curé a continué à vieillir jusqu’à l’arrivée, été 2009, d’un nouveau prêtre « pour l’aider ». Le père Bernard Kamano est guinéen, charismatique mais dépaysé, comme peut l’être un étranger qui débarque, ne demandant rien mais ayant manifestement besoin de tout : obtenir des papiers en règle, passer son permis, être présenté aux autorités mirebalaises -ce qu’il ne fut jamais- accomplir son sacerdoce, baptiser, visiter les malades, accompagner les familles dans le deuil. Son mandat l’affecte au secteur Le Mirebalais, où il a donc le pouvoir de célébrer les sacrements, avec accord du curé du lieu… accord qui lui fut toujours refusé, comme lui fut interdit le simple droit de célébrer une sépulture.

« En Guinée, me confia-t-il un jour, je disais pardonne-moi Seigneur de n’avoir pu accomplir tout ce que tu attendais de moi aujourd’hui. A Mirebeau, je me morfonds de ne rien faire parce que le père Paul m’interdit toute activité. Il me reproche même d’accepter des invitations à déjeuner, intercepte mes appels téléphoniques, répond que je ne suis pas là, affirme que je ne resterai pas plus de trois mois à Mirebeau… Cette discrimination révolte les paroissiens jusqu’aux responsables laïques du secteur qui démissionnent les uns après les autres.

« Gourichon devient fou », entend-on… Une vieille paroissienne qui le félicite d’avoir enfin un remplaçant s’entend traiter de « vieille radoteuse » et « colporteuse de ragots ». Comme je dis en plaisantant au père Bernard que j’envie l’ambiance qui doit régner au presbytère, il me répond simplement: « Tu sais, je mange seul, dans ma chambre, ce que la femme de ménage me prépare le lundi matin, pour la semaine ».

La désapprobation populaire croissant, le vieux curé devient plus hostile encore… La culture que j’ai reçue se révolte à l’idée de qualifier ce comportement. La plupart des témoins de cette triste année sacerdotale éprouvent moins de scrupules : " Il est méchant, pervers, cruel, comédien, menteur. Il est raciste ! " Malgré tout, il se trouve encore quelques « braves gens » ( ?) pour défendre le coupable et charger l’immigré de tous les maux. « Si ce n’est pas malheureux : gâcher ainsi la fin de carrière d’un vieux prêtre ! ».

Il y a quelques années, parce qu’il venait de lire, sur ce site, un article intitulé « La chaisière », où j’évoque mes souvenirs d’Enfant de Chœur et du Doyen Renaudeau, Chanoine de mon enfance, le curé Gourichon m’agresse littéralement: « Vous qui encensez le Doyen Renaudeau, savez-vous combien de Mirebalais ont assisté à son enterrement ? Non répondis-je, car j’étais moi-même à l’étranger. « Eh bien zéro ! Pas un seul ! Ah ! Ah ! Ah ! Vos souvenirs en prennent un coup, hein ! » Le cœur encore chargé de tristesse J’appris, il y a peu, par le père Jean de Lencloître, que la maison de retraite des vieux prêtres n’avait pas jugé bon d’annoncer le décès de notre ancien pasteur… Serait-ce pour éviter semblable humiliation que vous vous obstinez M. Gourichon ?

Après « 11 mois, 29 jours et quelques heures » de discrimination et traitements humiliants, le père Bernard, délivré, est parti servir sous d’autres cieux, laissant ici un grand vide. Souvent témoin de ses peines, de sa foi, et de l’amitié profonde que lui vouaient les fidèles de Mirebeau, de Saint-Jouin-de-Marnes, d’Assai, de Moncoutant… j’eu cent fois la tentation de m’indigner, écrire à l’évêché, joindre ma voix aux pétitions qui circulaient… Chaque fois, il m’en dissuada : « Donnons encore une chance au père Paul, disait-il. C’est lui qui est à plaindre ». Je t’ai obéi Bernard. Je me suis même imposé quatre mois de silence supplémentaire pour ne pas céder à la colère, la passion, la haine mais aujourd’hui, ma honte serait insupportable si je continuais à me taire.

Début août, mon cousin Paul nous a quittés. Depuis Amiens où il habitait, son épouse m’a demandé d’organiser ses funérailles à Mirebeau, berceau ancestral de notre famille. « Je garde un si mauvais souvenir de l’homélie que prononça le curé Gourichon pour les enterrements de Maman et de Papa… S’il te plaît, trouve un autre prêtre ».  J’explique à Rose-Marie que jamais le père Gourichon n’a accepté que l’on fasse appel à un autre prêtre, mais que l’on pouvait toujours se contenter d’un office laïc. « Je souhaite une messe et la communion », insiste-t-elle. « Je l’ai promis à Paul ». Conscient de n’avoir aucune chance d’obtenir satisfaction, je suggère à mon cousin Jean-Claude d’appeler lui-même le curé Gourichon. « Je suis tombé sur un fou », me rapporte-t-il. Un fou en pleine crise, hurlant qu’une sépulture n’est pas un sacrement, que les messes en semaines n’existent plus, que nous n’avons qu’à nous faire enterrer dans le Nord »… « On m’a dit, insiste poliment mon cousin que vous aviez un vicaire à Mirebeau ; avec votre accord, M. le Doyen, ce serait très bien »… - « Le curé de la paroisse c’est moi  et vous n’avez rien à faire ici! Si vous venez à Mirebeau, ce sera l’équipe laïque ou rien », assène le père Gourichon avant de raccrocher. Si vous étiez laïc, Monsieur Gourichon, nous parlerions de faute professionnelle, de refus de vente, refus de service, de sabotage de l’entreprise que vous représentez. Nous pourrions même vous attaquer en justice…

Mes souvenirs me reviennent alors de ma chère maman qui enseigna le catéchisme à Mirebeau durant une vingtaine d’années. Je me vois aussi, un jour à la place de Paul… Appelle notre camarade d’enfance, le père Jean, aujourd’hui curé de Lencloître, me suggère un ami… Dans la très belle église de Lencloître, hors du territoire et de l’emprise du curé Gourichon, la cérémonie fut magnifique, co-célébrée par le père Jean et le père Bernard. Le réconfort qu'ils nous apportèrent fut immense. Quant au curé de Mirebeau, jusqu’à aujourd’hui, il ne s’est jamais préoccupé de savoir comment nous avions enterré notre cousin.

J’ai, en vain, tenté de comprendre l’attitude du père Gourichon, son entêtement à ne pas préparer ses sermons, sa passion puérile pour l’informatique de laquelle, en dépit des leçons privées qu’il s’offre chaque semaine, il ne tire toujours aucun enrichissement pour ses paroissiens, son ego démesuré, sa jalousie, l’image immodeste qu’il entretient de lui-même, la haine perverse qu’il a montré à l’égard du père Bernard… Le malaise qu’il a créé parcourt encore le village, s’infiltre dans les cœurs, se répand comme une rumeur, alimente les conversations du marché. On y ajoute un complice, curé d’une paroisse proche, que j’avoue ne pas connaitre.

«  A tous, je dis un sincère merci du profond de mon cœur, déclare le père Bernard, ce 29 août, après sa messe d’adieu. Vous m’avez ouvert vos maisons et vos cœurs. Je voudrais, père Paul, curé de la paroisse de Mirebeau et responsable du secteur mirebalais, passer par vous pour dire aux prêtres du secteur et à vous-même, un grand merci car vous m’avez donné l’occasion en cette année pastorale 2009-2010 de vivre au jour le jour la parole du Christ : « celui qui veut marcher derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive…   Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups, a encore dit Jésus à ses disciples »…

Alors que les deux prêtres donnent la communion côte à côte, les fidèles choisissent ostensiblement le côté du père Bernard dont ils applaudissent longuement les mots d’adieu. Cette reconnaissance publique du bon et du méchant me fait éprouver une satisfaction que je sais coupable. Affichant un air détaché pour « faire taire des propos fallacieux », le père Gourichon rejette maladroitement sur l’évêché et le décès d’un vieux curé (sic), le départ du père Bernard… Un terrible silence lui succède, lourd des reproches que lui adresse la foule.

Aujourd’hui, retrouvant le doux confort de ma foi d’enfant, j’essaie de pardonner à ceux qui m’ont offensé, mais je crains que vous ne rendiez ce pardon difficile, M. Gourichon, et c’est à vous de l’assumer.

« Joyeux Noël à tous et Paix quand même sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »  (Jeanpierre Jeannin)

Merci à Mme D pour les photos -téléphone qu'elle a bien voulu nous confier

scroll back to top
Mise à jour le Mercredi, 06 Mars 2013 15:05  

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

Bannière
...

A paraître ...

SKETCHES Roland Latour [en public]
[50%]

CANDELARIA Pérou [Exceptionnel]
[45%]

TRiBUS d'Amazonie [1990-2010]
[75%]

PORTRAITS femmes Sierra [Reportage 2014]
[45%]

Articles au hasard

   Ils ont choisi Mirebeau
Mirebeau accueille. Nouveaux commerçants, artisans, professions libérales, retraités… Ils ont choisi de d...
Lire la suite...
 
   Bienvenue à Mirebeau et Ailleurs...
Les moissons viennent de se terminer, mais celles-ci sont finies depuis bien longtemps. (Photo extraite de l...
Lire la suite...
 
mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui284
mod_vvisit_counterHier839
mod_vvisit_counterCette semaine284
mod_vvisit_counterSemaine dernière8266
mod_vvisit_counterCe mois24843
mod_vvisit_counterMois dernier33933
mod_vvisit_counterDepuis début1868174

We have: 69 guests, 1 bots online
Votre IP: 23.20.13.165
 , 
Date: 25 Sep 2017

Maintenance


Livre d'or & Commentaires
Désormais, à cause du spam grandissant, les messages du livre d'or et les commentaires d'articles, devront être approuvés par un administrateur avant d'être publiés.
Merci de votre compréhension.
Dennis (webmaster).