photos magazine de jeanpierre jeannin latour

l'émoi des mots, l'échoppe des photos

  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
French Arabic Chinese (Simplified) Dutch English German Hindi Italian Japanese Portuguese Russian Spanish Swedish

Pierrot-les-bretelles, ou: Médiatic Man

Envoyer Imprimer

images (2)On ne tombe pas comme ça, du jour au lendemain, dans le bain médiatique. Au commencement, était le collège où l’on me confia la rédaction de l’Écho de Saint-Jo parce que, grâce aux leçons de ma maman, je savais accorder les participes passés. Puis vint l’Algérie où je shootais mes 6×9 noir et blanc sur un Ultra-Fex que je possède encore. Ce furent ensuite les années Renault où je m’amusais à détourner les réclames-maison au profit de slogans plus drôles comme « D’autoroutes en autres routes : Renault 16 » que je commis entre « Super Cinq » et « Irma la Douze ». Séduit par un argumentaire de vente que j’avais écrit comme un sketch, contre les modèles concurrents, le Directeur me convainc d’embrasser la Publicité. J’enchaine alors stages sur stages.

A Publicis, je deviens créatif, rédacteur, concepteur, producteur radio, organisateur de conventions, réalisateur de films, photographe… « un vrai fils de Pub » aurait dit Séguéla dont je savoure le dernier bébé : « Ne dites surtout pas à ma mère que je suis dans la publicité ! Elle me croit pianiste dans un bordel ». Enfin, puisque je vais gérer une partie au moins du plus gros budget publicitaire de France, il est indispensable que je me frotte aussi aux rotatives et que j’inhale l’odeur des encres de la presse écrite. Après « La voix du Nord », « France Soir » fut une étape passionnante de cette initiation.

imagesC’était la fin des années 60. Le plus célèbre des quotidiens connaissait alors un succès énorme, atteignant des tirages de plus de 2 millions d’exemplaires. Pierre Lazaref, dit « Pierrot les bretelles » lui insufflait son dynamisme, son enthousiasme et sa passion. On aurait dit que l’encre coulait dans ses veines. Insatiable il venait d’ajouter à son palmarès, un hebdomadaire qui deviendra le plus fort tirage de toute la presse française : « Télé 7 Jours ». Conservé dans les foyers durant une semaine et feuilleté par toute la famille, « 7 Jours » devient le meilleur support publicitaire de la presse française. Avec ses amis Desgraupes, Dumayet et Barrere, Lazaref réalise aussi « Cinq colonnes à la Une », magazine le plus regardé de la Télévision et comme si cela ne suffisait pas, son épouse lance « Elle », modèle mondial des magazines féminins. A l’affut de tout ce qui se passe, qui peut attirer et augmenter le tirage, Lazaref sort parfois jusqu’à huit éditions quotidiennes. 400 journalistes nourrissent le monstre insatiable, 24 heures sur 24. Patron exigeant, Pierrot paye royalement son personnel, sans lésiner sur les notes de frais, souvent aussi colossales que les infos qu’elles permettent d’obtenir. Détestant les inélégances de style, Lazaref prévenait ironiquement ses reporters par un papier négligemment épinglé derrière son bureau, mais que chacun prenait au sérieux : « Une phrase se compose d’un sujet, un verbe et un complément. Pour les adjectifs, me demander la permission. Au premier adverbe : vous êtes viré ». Titres et manchettes percutants, France Soir est lu à l’Elysée, à Matignon ou au Quai d’Orsay comme  sur tous les zincs de France, le matin en buvant son café.

images (4)Malheureusement géré sans flair après la mort de Lazaref, en 1972, le journal ne cesse, depuis, de descendre dans les tirages. On annonce aujourd’hui sa disparition des kiosques en assurant la survie du titre sur Internet. Quatre-vingt neuf journalistes sont menacés de licenciement. La mort d’un quotidien de cette envergure est forcément une triste nouvelle que sa splendeur passée rend plus cruelle encore. Je me dis qu’elle était belle la vie de ce temps-là, le temps des livreurs motocyclistes qui partaient de la rédaction à 3 heurs du matin, le temps où l’on sortait de chez soi pour acheter son France Soir, au lieu de rentrer pour voir le « 20 heures » et de l’encre qui noircissait les doigts et les poignets de chemises… Adieu France-Soir ! (jpjl) (photos d’agence)

scroll back to top
Mise à jour le Mardi, 18 Octobre 2011 17:30  

Commentaires  

 
0 #1 Jacques 30-10-2011 10:47
Intéressante votre boite à souvenir
que j'ai découvert en cherchant des informations et des témoignages sur Mouna .
Comme c'est fascinant le hasard, la magie des rencontres !

Bien à vous
Jacques
[ SPAM ]edenlife75.over-blog.com
 

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

Bannière
...

A paraître ...

SKETCHES Roland Latour [en public]
[50%]

CANDELARIA Pérou [Exceptionnel]
[45%]

TRiBUS d'Amazonie [1990-2010]
[75%]

PORTRAITS femmes Sierra [Reportage 2014]
[45%]

Articles au hasard

   DSK, la tourmente
Puritain, le monde politique et médiatique anglo-saxon se montre particulièrement tatillon vis-à-vis de to...
Lire la suite...
 
   Le papillon d'Amazonie
Le papillon d'Amazonie Au Pérou, après deux mois de contestations et de violences qui viennent de causer 3...
Lire la suite...
 
mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui151
mod_vvisit_counterHier798
mod_vvisit_counterCette semaine2475
mod_vvisit_counterSemaine dernière8899
mod_vvisit_counterCe mois21421
mod_vvisit_counterMois dernier27584
mod_vvisit_counterDepuis début1921882

We have: 71 guests online
Votre IP: 23.20.162.200
 , 
Date: 23 Nov 2017

Maintenance


Livre d'or & Commentaires
Désormais, à cause du spam grandissant, les messages du livre d'or et les commentaires d'articles, devront être approuvés par un administrateur avant d'être publiés.
Merci de votre compréhension.
Dennis (webmaster).