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Bachelot ferme les trottoirs

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 Jp AlgérieEn 1946, Marthe Richard avait déjà commis le pléonasme de fermer les « maisons closes ». 65 ans plus tard, Roseline Bachelot s’en prend non aux « prostituées » mais à leurs clients « prostituants » : 300 € d’amende et 6 mois de prison pour « achat de service sexuel ».

La majorité des gens est convaincue que les prostituées dépendent de réseaux de souteneurs. Dissipons cette équivoque. Tiphaine Besnard, présidente du Syndicat des Travailleurs du Sexe (Strass) confirme que plus de 90 % des prostituées le sont par choix. La nouvelle législation obligera les filles à s’isoler, à faire vite, les empêchant de choisir et leur faisant courir le risque de ne pas être payées, de subir des violences, sans parler de conséquences sanitaires. Elle ajoute que cette mesure touchera essentiellement la prostitution populaire, épargnant la prostitution de luxe et par Internet.

A part la réputation de « laver plus blanc » que poursuit l’actuel gouvernement, quel résultat la société tirera-t-elle de cette manœuvre, si ce n’est une nouvelle dégradation de ce métier injustement méprisé par des générations d’hypocrites ? J’avais 8 ans quand Marthe Richard, « mannequin, prostituée, aviatrice, espionne et députée » décida la disparition des maisons de tolérance. J’ai tout de même connu ces établissements une dizaine d’années plus tard. C’était rue d’Arzeu à Oran, un certain 13 mai 1958… Sous-lieutenant, j’étais chargé de la sécurité de l’Opéra, ignorant que l’histoire retiendrait cette date (*) – Méfiez-vous m’avait dit le capitaine que vos gars ne se retrouvent pas tous dans les bordels. La rue en est pleine. – Allons, Mesdames ! Au salon, je vous prie… Et le patio se remplissait de filles, déshabillées de voiles transparents, belles comme les premières filles qu’on respire après huit mois de bled. Papillonnant autour des jets d’eau dans les effluves d’encens, comme des reines de mille et une nuits.

Brigitte, occupe-toi de Monsieur Paul. Prends la 24. C’est notre plus belle chambre, Monsieur Paul… Et Je passais la nuit à parler, à raconter, intimidé, ravi, imaginant ce que je laisserai croire aux copains, quand je les retrouverai dans le bled. Elle me donna son adresse – Si un jour tu passes par Oran. A Paris aussi, je suis rue Quinquenpoix… Merci Madame. Gardez tout, je vous en prie… Vous êtes si belle… Trop belle… Inoubliable… Elle sourit.

Des souvenirs comme ceux-là, ce n’est pas dans le bois de Boulogne qu’on s’en fera. Il faudra chasser, être à l’affut, passer du temps, flirter, draguer, charmer, mentir, sortir, offrir, payer quand même. Payer davantage même, sans que ça vaille plus pour autant. Respecter les convenances, progresser par étapes, avaler les mensonges. Chercher à rompre sans faire de peine. S’encombrer l’esprit. Dire ouf ! Puis recommencer. Avec une fille que l’on paie, tout devient gratuit, compris, facile, respecté, reposant. Le savoir-faire par-dessus le marché.

Marthe Richard a mis les filles sur les trottoirs, livrées à leurs souteneurs, sans hygiène, sans sécurité. Elle connaissait pourtant les dessous du métier. En dépit de ses talents, c’est à cette loi scélérate qu’elle doit sa notoriété. A chaque étape politique, les prostituées voient leur situation se dégrader. Chirac, alors maire de Paris, les a chassées hors du périphérique et Bachelot se lance maintenant à la poursuite de leurs clients. Autant fermer les trottoirs ! Quel gouvernement aura le courage de rouvrir les maisons de tolérance et de légaliser « le plus vieux métier du monde », sans honte ni tartufferie ?

(*) Le mardi 13 mai 1958 eut lieu, simultanément à Alger et à Paris, le Putsch d’Alger, coup d’État fomenté par l’officier Pierre Lagaillarde, les généraux Salan, Jouhaux, Massu et les alliés qu’ils comptaient au sein du gouvernement de Jacques Soustelle. Cette action destinée à garantir à l’Algérie le statut de département français, déboucha curieusement sur le retour aux affaires du général en retraite, Charles de Gaulle. Ce fut la fin de la Quatrième République et le début de la Cinquième. Le Président Coty céda sa place à de Gaulle qui, dans ses mémoires, considère ces évènements comme la fin de sa « traversée du désert ».

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Mise à jour le Lundi, 18 Avril 2011 06:38  

Commentaires  

 
0 #1 Bernard Gault 17-04-2011 10:05
Histoire avec un grand H, coup de gueule, coup de coeur nostalgique: tout est bon. Dommage que ce soit vrai car c'est bête à en pleurer.
 

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