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Mission Anaïs (1)

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Experu2 (113)Allégée Mission Anaïs. Pourquoi écrire à nouveau, ranimer les souvenirs, brasser les émotions, m’infliger le supplice d’une page vierge qui m’attire et m’effraie alors que je pourrais laisser mon imagination fleurir le papier de romanesques mensonges ? Pourquoi me bruler ainsi les yeux ? Aurai-je le pouvoir de changer le scénario ou me faut-il souffrir à nouveau pour mériter d’aimer ?

Lima, 1992. Vingt et un an déjà ! En déposant le courrier sur mon bureau, Victoria me signale une lettre manuscrite adressée à l’Ambassadeur qui me la faite suivre : « Jean-Pierre, voyez ce que vous pouvez faire ». Mes fonctions d’Attaché de Presse et Communication, ajouté au titre de Second Conseiller politique, spécialement concerné par les attentats et la philosophie terroriste du Sentier Lumineux, n’inclut pas la charge d’Attaché Humanitaire mais ce poste étant vacant, plus personne ne s’étonne que ce genre de mission m’échoit./.

D’une écriture appliquée, Maria del Carmen Zegarra, explique que sa petite Ana Isabel, bientôt âgée de six ans, est atteinte d’une maladie endocrinienne. Actuellement soignée à l’Hôpital del Niño* de Lima par le docteur Fallen, elle est condamnée si on ne la traite pas avec un médicament français, hélas beaucoup trop onéreux pour ses faibles moyens. –« Je vous en supplie, Monsieur l’Ambassadeur. Permettez à ma petite fille de vivre. Je prie pour vous, votre digne épouse et toute votre famille »… Je suis évidemment touché mais, je sais que la situation économique de l’époque amène souvent des Péruviens défavorisés à imaginer des stratagèmes inattendus pour se procurer quelques Soles.

Mendiante (alèg )1531Un jour, passant avec une amie devant une pharmacie de l’avenue Larco à Miraflores, une jeune femme en guenilles nous arrête, serrant contre son sein son bébé emmitouflé et brandissant une ordonnance d’antibiotique. –« S’il vous plait, Señor, donnez-moi de quoi guérir mon bébé. Il a mal. Il va mourir. S’il vous plait ! » J’allais céder lorsque mon amie me conseille de vérifier d’abord auprès du pharmacien, ce que je fais avec une certaine honte. – « Il s’agit, me dit-il, de six cachets. Il y en a pour vingt-trois soles, à peine cinq dollars ». La jeune femme se confond en remerciements, s’agenouillant pour m’embrasser les pieds. Comme nous nous éloignions, satisfaits, mon amie s’arrête discrètement devant une vitrine pour observer de loin la jeune mendiante et le bébé que nous venons de sauver. La pauvresse éplorée rentre à nouveau dans la pharmacie. Elle aura oublié de demander au pharmacien comment administrer ces cachets, pensai-je à haute voix… –« Non, me dit mon amie ! Elle va reprendre son ordonnance, d’ailleurs fausse comme l’est aussi son bébé, rendre les cachets, également faux et partager tes cinq dollars avec le pharmacien. Eux au moins j’espère qu’ils sont vrais ». – « Mais ce n’est pas possible ! Je vais les prendre sur le fait, appeler un flic! » –« C’est inutile, me dit mon amie. Ils sont pauvres. Ce n’est pas un crime. Tu ne lui aurais jamais donné cinq dollars si elle ne t’avait fait tout ce cinéma ».

Sans le moindre doute sur l’authenticité de la lettre désespérée que j'ai entre les mains, j’appelle le docteur Fallen directeur de l'Hopital des Enfants malades. Il m’explique qu’Ana Isabel souffre d’un dérèglement de l’hypothalamus qui entraine l’apparition de signes de puberté précoce, grossissement des seins, élargissement des hanches, développement du système pileux, accompagnés de saignements, fièvre, maux de tête, déficits squelettiques par rapport à l’âge et vieillissement prématuré des organes. Soixante–dix pour cent des fillettes précoces –car le mal ne touche pratiquement que les petites filles- meurent généralement dans leur dixième année. Devinant ma surprise, le médecin me confirme que, peu connu en Europe, ce mal est fréquent en Amérique Latine où, par ignorance, il est souvent accueilli par des boutades et sourires entendus : « Quelle jolie fille vous avez là ! Elle sera surement Miss Pérou ! » Les aides-soignants qui parcourent les banlieues et les campagnes, tenant lieu à la fois de sages-femmes ou d’infirmiers et le plus souvent de guérisseurs, sont plus ou moins informés de la gravité du mal et s’appliquent parfois, en vain la plupart du temps, à convaincre les familles de consulter un praticien compétent. –« Vous savez, ajoute modestement mon interlocuteur, j’ai justement étudié ce mal en France où j’ai effectué ma Lima Carabayllo 5814s1médecine ».

–« Ah bon ! Et bien parlons donc français, Docteur ! Voulez-vous ? »

–« Volontiers. J’ai si peu l’occasion de pratiquer votre belle langue ».

–« Dans sa lettre, la señora Zegarra évoque un médicament français. De quoi s’agit-il ? »

–« C’est aussi une découverte que j’ai faite à Paris : Il s’agit du Décapeptyl, des laboratoires Beaufour Ibsen, qui est aussi indiqué dans les cancers de la prostate. Contre la puberté précoce on pratique une injection intraveineuse par mois, sur une durée d’une à trois années selon l’âge de l’enfant et les réactions qu’on observe. Pris à temps, le Décapeptyl est pratiquement efficace dans 80 % des cas. Celui de la petite Ana Isabel qui a déjà six ans est vraiment urgent. Une ampoule coute 150 dollars à peu près. Un traitement commencé ne peut être interrompu avant une guérison totale. Quant aux médicaments de substitution que nous sommes obligés d’administrer à cause du prix du Decapeptyl ils n’ont qu’un effet illusoire. Voilà, Monsieur le Conseiller, ce que je peux vous dire ».

A suivre Mission Anaïs (2)  photos de jeanpierre jeannin latour

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Mise à jour le Mardi, 04 Mars 2014 11:26  

Commentaires  

 
0 #1 Jean Erard 15-02-2013 15:11
Superbes Photos. Entre instantanés et mises en scène. Émotion maxi, surtout celle du haut. JE
 

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