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Abbé Vachère (8) La mort et après.

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Vachère 04(Suite de Histoire de l’Abbé Vachère (7)) Articles précédants

Le 17 juillet 1921, l’Abbé s’éteint
, emporté par une embolie. Avec lui disparaissent les prodiges et faits surnaturels qu’il a générés mais la foi et le doute subsistent. Sa famille et ses fidèles l’enterrent simplement au cimetière de Mirebeau, sans lui faire franchir le seuil de l’église qui lui est interdite.

Eugénie Philipot, sa cousine, Chapelière installée Place de la République, hérite de sa maison et veille sur ses biens qu’elle préserve comme un musée. Cependant, le calvaire, d’abord propriété d’Albert Maquignon, neveu de L’Abbé, est sauvagement vandalisé, en partie détruit et incendié. La porte de Jéricho, magnifique réplique d’une des portes de Jérusalem, est démontée et les pierres de taille volées par les villageois. Les cinq personnages de cette station, Jésus portant sa croix, Marie, l’apôtre Jean, un centurion et un homme menaçant, point brandi vers le Christ, chacun peint de vives couleurs et pesant une demi-tonne, disparaissent mystérieusement.

Selon ses détracteurs, simples gens du peuple, ignorants ou influencés par la hiérarchie ecclésiastique, il ne suffit pas que l’Abbé soit mort, encore faut-il l’empêcher de survivre grâce à son calvaire et éviter qu’il ne devienne une légende pour les croyants. La rumeur qui l’a déjà conduit à séjourner quelques jours à la prison de la Pierre-Levée, à Poitiers, s’acharne maintenant contre sa mémoire. Conscient de l’injustice de sa condamnation, une partie du peuple essaie de prouver sa culpabilité sur un terrain plus solide : on ressort alors l’histoire grotesque du canon caché sous la grotte, qui devait aider les Allemands à anéantir Poitiers (sic).

Vachère 11Les Amis du Calvaire

En 1981, « Les amis du calvaire », se constituent en association. Soixante ans après la mort de l’Abbé, l’objectif mis en avant est d’obtenir la réhabilitation du calvaire et d’en faire un attrait touristique pour la commune. Cette noble démarche n’empêche pas certains de ses membres ou sympathisants d’espérer, du même coup, la réhabilitation de Monseigneur Vachère. On voit mal en effet comment dissocier le calvaire de l’homme qui l’a créé. L’Eglise réagira d’ailleurs par la voix du curé de la paroisse qui, en 1987, mettra clairement en garde contre l’intégrisme militant des partisans de l’Abbé qu’il assimile alors aux suppôts du schisme de Mgr Lefebvre.

Sans se laisser influencer, Jean Pelletier, pilier fidèle de l’Association, entreprend une laborieuse recherche des statues qu’il découvre « par hasard » ( ?) à plus de cent kilomètres de Mirebeau, dans les ronces d’un jardin de curé, près d’Angoulême. « Emportez-les que je ne les vois plus » lui dit le vieux curé, libéré de ce coupable recel.

Attaqués par la corrosion, les pieds des croix sont pourris : le nez et la main du soldat Romain ont disparu. Le Christ a perdu ses doigts. « On voit nettement les traces des coups qui ont été assénés et la haine qui les motivait » m’a rapporté l’un des artisans qui ont travaillé à la restauration des personnages. L’importance des travaux qui s’imposent incite jean Pelletier à obtenir d’André Maquignon, qui a succédé à son père, qu’il fasse don du Calvaire au Syndicat d’Initiative que l’on crée donc en cette occasion et qui assurera le financement de la remise en état. Pour installer les statues retrouvées, Pelletier achète, sur ses propres deniers, le terrain en terrasse sur lequel sont présentés aujourd’hui les personnages de l’ancienne Porte de Jéricho, puis aidé de jeunes artisans mirebalais dont Jean-Claude Rousseau et Philippe Augereau, il mène la restauration à terme. « J’ai travaillé deux mois à reconstituer le nez du soldat romain et les doigts du Christ, raconte Philippe Augereau, même que les bonnes sœurs de la Sagesse n’arrêtaient pas de passer devant mon atelier sans oser entrer, jusqu’au jour où je les ai invitées à me donner leur avis. C’est grâce à elles que j’ai refait le nez du soldat pour la énième fois car il n’avait pas l’air assez méchant ».

André Maquignon

Dans les années 20’, j’avais une dizaine d’années lorsque je rendais visite au « tonton Vachère » avec ma sœur ainée. Notre oncle ouvrait la porte de la cuisine (la cuisine de l’époque était à l’opposé de la chapelle. Elle permettait un accès à l’ensemble de la maison. Ndlr) : « Entrez les enfants ! » disait-il de sa voix qui grondait. « Allez faire une prière ! » Je traversais le sombre couloir qui mène à la chapelle, respirant les vapeurs d’encens. La petite pièce était éclairée par deux veilleuses rouges suspendues au plafond de chaque côté du Sacré-Cœur. Je me souviens m’en être approché, m’être agenouillé et avoir aperçu quelques gouttes de sang sortir de la couronne du Christ et ruisseler jusqu’au linge accroché au bas de l’image. Je tremblais de peur, mais je priais quand même parce que le tonton Vachère avait l’humeur « emballante ». A sa mort, mon père donna l’image à l’évêché parce qu’elle nous effrayait. Ah ! C’était quelqu’un le « tonton Vachère." S’il n’y avait pas eu la guerre, je suis sûr qu’il aurait construit une basilique, comme à Lourdes !

Vachère 08

Daniel Aubert, secrétaire du Syndicat d’Initiative

Après l’interdit jeté sur sa chapelle, l’Abbé est contraint de transporter son image et son autel dans une grange qui sert de cabane de chantier, près du moulin en ruines de Gâtine, à quelques pas du Calvaire.

Là, le miracle se produit à nouveau. D’abord en présence des ouvriers qui construisent le calvaire, puis devant les fidèles qui accourent. Daniel Aubert, secrétaire du Syndicat d’Initiative, fut témoin de ces faits. Il est formel. « Toute supercherie est exclue » affirme-t-il. « J’ai vu du sang couler de la couronne d’épines sur le front du Christ. Le miracle s’est renouvelé sur le visage du Christ au tombeau qui se trouve dans la grotte, sous le calvaire. Oui, c’était bien du sang : il a fallu recouvrir le corps d’une vitrine car les mouches s’y agglutinaient ». Et Daniel Aubert de conclure : « Si vous croyez ce qui se passe à Lourdes, vous devez croire ce qui se passe à Mirebeau ». Après la mort de l’Abbé, les démolisseurs du Calvaire étaient tellement convaincus de découvrir dans les ruines la preuve d’une quelconque machinerie qu’ils pulvérisèrent tout ce qui aurait pu contenir quelque chose de suspect. En dépit de leur acharnement, ils ne trouvèrent rien et, honteux, s’en allèrent répandre le bruit que le Calvaire avait brulé accidentellement, lors d’un feu de ronces.

Fernand Corteville : Trésorier des Amis du calvaire, résidant à Beaupréau (49) :

« Notre association s’est constituée en 1981 autour d’une douzaine de membres. Elle représente aujourd’hui la mémoire de l’Abbé Vachère. Nous disposons de la copie de son journal de bord et de très nombreux témoignages, aussi bien de gens simples que d’intellectuels ou de religieux, de photographies originales du Sacré-Cœur ensanglanté et d’un film tourné en Allemagne, montrant une image du Sacré-Cœur. Cette image a saigné Outre-Rhin, lors d’un voyage que l’Abbé fit là-bas. Considérant aujourd’hui (Avril 1987) que l’affaire a été étouffée et déplorant que l’Abbé ait été enterré comme un chien, nous supplions l’Église d’effectuer enfin une enquête objective et d’adopter, au moins, une mesure de miséricorde. Qu’elle pardonne ! Qu’elle accepte que l’on enterre l’Abbé au pied de son calvaire, après une cérémonie religieuse, comme il le souhaitait ».


Jacqueline Hilleret,
seule propriétaire des lieux qu’elle occupe aujourd’hui.

« Je vis dans la maison de l’abbé Vachère depuis 45 ans. Ma cuisine est installée dans son ancienne chapelle. Il ne reste rien de l’oratoire privé, sauf un immense placard en bois qui contenait l’autel. Il ne contient plus que ma vaisselle. Le vrai trésor se trouve sous l’évier où se cache une tapisserie bordeaux décorée d’une sorte de trèfle aux contours dorés. Cette fresque, oubliée sous l’évier et préservée, recouvrait complètement les murs de la chapelle qui n’était accessible que par le long couloir qui dessert toutes les pièces de la maison. Les deux portes qui permettent aujourd’hui l’accès depuis la chapelle vers la rue, ou vers le jardin, n’existaient pas à l’époque de l’Abbé.

Lorsque je me suis installée dans cette maison en 1966, je l’ai faite bénir pour protéger ma famille. Un jour un petit grand-père, tout maigre est arrivé. Il s’est agenouillé sur les marches de ma cuisine, a levé les yeux au ciel, a grimacé et s’en est retourné en ronchonnant dans une langue que je ne comprenais pas. J’ai appris que c’était un évêque russe et qu’il était scandalisé que la chapelle ait été transformée en cuisine, car il espérait retrouver les lieux comme il les avait connus. A suivre: Abbé Vachère (9)

Vachère 9707Vachère 9659Vachère 9700

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Mise à jour le Jeudi, 24 Décembre 2015 13:01  

Commentaires  

 
0 #1 Régis Rouault 08-10-2011 17:47
Je suis venu pour vos photos et je reviendrai. Plusieurs sont absolument remarquables. J'ai découvert vos textes par hasard et ai pris beaucoup de plaisir à les lire. Je ne connaissais pas l'abbé Vachère ni son village. Je m'interroge: est-il indispensable d'être de gauche et de manier l'impertinence pour offrir ces talents ? RR
 
 
0 #2 Patrice Lucquiaud 21-10-2011 11:25
La Passion ...
Les passions ...
Oraison et...
...raison !...

Les hommes... jamais raisonnables ... mais raisonnant , résonnant aussi ... toujours en quête de bonnes raisons pour justifier leurs conduites, leurs choix , leurs échecs, leur foi ou leur manque de foi ...

En tous cas ce calvaire est restauré , reste qu'à réhabiliter la mémoire et la dignité de l'abbé Vachère que son corps repose en terre là où il se doit ...

Merci pour ce récit toujours bien documenté et illustré ... :-)

P.L.
 
 
+1 #3 Christian Paul 08-10-2013 17:58
Bonjour à vous!

L'histoire de cet évêque russe est si étrange qu'elle suscite une vive curiosité et mériterait une enquête. Toute cette histoire est d'ailleurs passionnante. Félicitations.
 
 
0 #4 G.de langwies 16-10-2014 15:50
comme l'argile guérie l'aveugle né ,
le précieux sang nous guérit de nos fragilités ,
lettre apostolique de saint jean xxlll "INDE A PRIMIS "
 

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